Depuis dimanche, c'est le chiffre qui fait peur ! La candidate Front National a frôlé l'élection avec plus de 48 %. Effectivement il y a de quoi frémir. Seulement, il convient aussi de garder la tête et de ne pas plonger tête baissée dans l'argumentation de Mme Le Pen qui nous parle d'un basculement de la France profonde, comme si le pays réel s'apprêtait à rejoindre massivement son parti. Calmement, posément, regardons donc ce que nous enseignent les résultats de cette élection partielle.

La première information, celle qui aurait dû interpeller les médias au lieu du score du FN, c'est le taux d'abstention : 67.2 % d'abstentionnistes, 68,1 % (si on compte les bulletins blancs ou nuls) qui ont donc refusé de faire un choix. Plus de 2 électeurs sur trois. Certes, il s'agissait d'une élection partielle, traditionnellement moins mobilisatrice, mais le chiffre est éloquent. Ce qu'ill indique est tout aussi clair : un rejet, ou tout au moins une méfiance envers la classe politique, toute la classe politique. Une fois ceci posé, il convient donc de relativiser tous les autres chiffres.

Cependant, on peut quand même faire une autre remarque : Entre mai 2012 et mars 2013, tous les candidats voient leurs résultats augmenter à l'exception de la candidate socialiste qui s'effondre de plus de 9 points, passant de 30,5 à 21.4 %. Beaucoup plus qu'une montée de la droite et du FN, c'est clairement à un effondrement du PS que l'on assiste. Attention encore, il convient là aussi de relativiser. Cette circonscription de l'Oise a toujours été fortement ancrée à droite. Ainsi, en 2007 le score du candidat de la droite était supérieur à celui de 2013 (41.9 contre 40,6 %). La victoire de la droite dans cette circonscription est donc normale, c'est le score du PS en 2012 qui ne l'était pas, gonflé qu'il était par la victoire de François Hollande à la présidentielle. Ceci dit, en 2007, le PS faisait près de 25 % si on rajoute les 4.5 % d'un candidat radical de gauche. Les deux seules forces qui de scruin en scrutin progressent depuis 2007, sont donc le Front de Gauche (PCF en 2007) et le Front National : rien de bien étonnant si on tient compte du contexte de crise et de multiplication des affaires politiques ces derniers jours.

Le second tour est beaucoup plus intéressant et pose beaucoup de questions, mais là encore, tout est à relativiser avec une abstention de plus de  62 %, même si la participation augmente de plus de 5 %.

C'est le score de la candidate FN qui interpelle : elle gagne près de 22 % entre les deux tours, ce qui veut dire que l'augmentation de la partipation ne suffit pas à expliquer son score. D'explication, il ne peut donc y en avoir qu'une seule : il y a une part importante d'électeurs socialistes qui a voté FN plutôt qu'à droite. Selon certaines estimations, cette part peut aller jusqu'à 40 %. C'est là un fait nouveau et véritablement enseignement : désormais, le FN ne fait plus peur à une partie de la gauche.

En soi, c'est un fait inquiètant puisqu'il élargit le potentiel électoral de madame Le Pen de façon substantielle. Mais là encore, si le fait est réel, il convient de tout prendre en compte, et notamment la situation locale très particulière.

Il se trouve que le candidat de la droite n'était pas n'importe lequel. Jean-Franàois Mancel fut président du conseil général pendant presque 20 ans, jusqu'en 2004, il est conseiller général depuis 1979, et député de l'Oise depuis 1986. Bref, un magnifique cumulard ! Ce monsieur présente aussi la particularité d'avoir eu de nombreuses affaires judiciaires dont il a été blanchi la plupart, même s'il a été finalement condamné en 2005 pour conflit d'intérêt. Bref, un charmant personnage qui n'a pas hésité dans le passé pour conserver ses mandats, à faire alliance avec le FN. A cela, il faut rajouter que la campagne législative de 2012, puis celle de 2013 avait été particulièrement agressive entre la candidate socialiste et son adversaire de droite. Dans ces circonstances  de nombreux socialistes ont préféré rejeter le candidat de droite, et ce d'autant plus facilement que Mme Houssin, leur candidate au premier tour, n'a pas donné de consignes de vote pour le second tour, contrairement à la rue de Solférino. Bref, un électorat de gauche désorienté face à la politique du gouvernement, une droite véreuse, on peut donc comprendre que certains aient voulu donné une leçon à toute cette clique.

Est-ce pour autant qu'il faille en tirer des conclusions au niveau national. Pas si sûr si on écoute l'excellent édito politique de Thomas Legrand sur France Inter (Désolé, je ne l'ai pas trouvé, je ne peux donc vous le faire écouter). Selon lui, il faut aussi tenir compte d'une autre réalité, celle de la sociologie de la population de cette circonscription. La 2ème circonscription de l'Oise est aux confins de l'Ile de France, un territoire rural de plus en plus gagné par des urbains qui fuient la région parisienne (hausse des loyers, insécurité, sentiment de perte d'indentité pour ces nouveaux arrivants). Il s'agit d'un territoire caractèristique de la rurbanité, un de ces endroits où le sentiment de perte d'identité est très fort, une région qui subit de plein fouet la crise économique et où le chômage y est plus fort qu'ailleurs. Ne pas oublier que Continental à Clairoix ou encore Good year à Amiens ne sont qu'à quelques kilomètres. Bref, tout était réuni pour  que le FN fasse un gros score.