Semaine après semaine, élections partielles après elections partielles, le PS se prend déculottées sur déculottées. Son électorat fond neige au soleil. Pourtant, alors que la pèriode de  crise économique devrait lui être favorable, alors que lors de la présidentielle Jean-Luc Mélenchon a redonné des couleurs à la gauche du PS, celle-ci ne progresse pas, ne profite pas du rejet du pouvoir socialiste. Je ne reviendrai pas sur les raisons de la progression du FN, elles sont connues et débattues un peu partout. Ce qui m'intéresse, c'est cette non progression des idées qui sont les miennes et du parti principal qui les défend, c'est à dire le Front de gauche.

Des raisons, j'en vois plusieurs, à commencer par la première qui n'est pas la moindre et qui explique aussi a contrario en partie la poussée du FN : le mauvais traitement médiatique dont est victime le Front de gauche. Durant le mois et demi qu'à duré cette campagne de premier tour, la presse locale, mais aussi nationale s'est comportée comme si le scrutin se résumait à trois candidats seulement. Pire, il était à chaque fois sous-entendu que le FN allait faire un gros score, qu'il serait au second tour, certains sont même allé jusqu'à prédire sa victoire. Sur quelles données se basaient-ils, nul ne le sait, mais ce qui certain, c'est qu'à force de répéter une chose matin, midi et soir, elle finit par frapper les esprits les plus faibles et devenir inéluctable. Face à ce rouleau compresseur médiatique, le Front de gauche et sa candidate n'ont pu opposer que leur bonne volonté militante.  C'est déjà beaucoup puisque contrairement aux autres grands partis, son résultat ne baisse pas, il augmente même légérement. Toujours est-il qu'il faudra désormais se poser la question des médias pour des élections locales qui ne bénéficient pas d'une locomotive telle que Jean-Luc Mélenchon.

Justement, Jean-Luc Mélenchon, parlons-en. Contrairement à ce qui est dit ou écrit un peu partout, je ne crois pas que ses saillies médiatiques soient contre productives. Au contraire, grâce à elles, on parle du Front de gauche ce qui ne serait pas le cas autrement. Mais la popularité du co-président du Parti de gauche à un revers. En dehors de lui et des figures bien implantées localement du Parti communiste, les autres dirigeants du Front de gauche n'existent pas. Encore moins ceux qui appartiennent à des petites structures dont la quasi totalité des électeurs n'a jamais entendu parlé. Or ce fut le cas de la candidate de Villeneuve sur Lot, issue de la Gauche unitaire. Honnêtement, qui connaît la Gauche unitaire ?

Ceci nous mène tout droit à la troisième raison, et surtout à la première grosse ambiguïté que devra lever le Front de gauche s'il veut cesser de jouer en seconde catégorie. La question est simple : qu'est que le Front de gauche ? Pour l'électeur lambda qui ne suit pas la politique au jour le jour, qui ne s'y intéresse que de loin, ce n'est qu'un vague regroupement de partis, qui n'a pas de structure et auquel on ne peut adhérer directement. A l'inverse des autres grands partis, le Front de gauche n'est pas structuré sur le terrain, il n'existe que par ses composantes. Il faut absolument aller plus loin dans la construction d'une grande force politique radicale à la gauche du PS, pour plus de lisibilité.

La seconde ambiguïté vient du manque de clarté du Front de gauche dans son positionnement face au PS. Est-il dans la majorité ou dans l'opinion. Comment expliquer qu'alors que Jean-Luc Mélenchon, mais aussi certains leaders communistes et des autres formations de l'alliance, tient des propos très durs quant à la politique gouvernemental, localement, sur le terrain, certains, la plupart du temps issus du PCF, discutent d'éventuelles alliances avec le PS. Les Français ne peuvent pas comprendre ce grand écart, et du coup le Front de gauche est mis dans le même sac que les autres partis politiques : à rejeter !

La troisième et dernière ambiguïté concerne l'Union européenne. Dans tous les meetings, tous les discours, toutes les émissions politiques où l'on peut entendre ou voir un dirigeant du Front de gauche, il est question de l'Union européenne comme étant la source principale de nos maux. Jean-Luc Mélenchon et les autres n'ont pas de mots assez durs contre son fonctionnement ultra-libéral. Ce message là passe très bien auprès des électeurs, notamment dans les classes populaires. Sauf, que dans toutes les formations composant le Front de gauche, on s'arrête au bord du Rubicon : dès qu'il s'agit de dire si l'on sort on non de l'Euro, si l'on sort ou non de l'Union Europèenne, les discours se font plus flou. L' Union européenne  telle qu'elle est aujourd'hui n'est pas une bonne chose, mais il ne faudrait pas en sortir ? Comment peut on expliquer cela. Le Front de gauche doit sortir en priorité de cette ambiguïté là : oui, c'est une formation qui souhaite faire l'Europe, mais pas une Union libérale comme aujourd'hui. Il faut donc en sortir, tuer dans l'oeuf cette Europe qui nous mène dans le mur pour mieux en reconstruire une autre, où l'humain serait au centre des préoccupations.