Mais quel lien peut-il bien y avoir entre le fameux Mécanisme Européen de Stabilité que François Hollande était censé amender et qu'il a voté en l'état, la crise financière à Chypre et le Front National ? Vous vous demandez ! et bien c'est simple :

1) La crise financière à Chypre :

Celle-ci comme en Grèce, comme en Espagne, comme partout ailleurs est essentiellement due aux banques coupables d'investissements pourris. Chypre se trouvant dans une situation de quasi faillite n'a plus eu comme solution de faire appel à l'Union Européenne. Cette dernière, décide dans un premier temps d'y aller fort, Chypre n'étant qu'une petite île qu'on accuse volontiers d'être un paradis fiscal (comme si Luxembourg n'en était pas un ! ), et de faire payer les fautes des banques par les Chypriotes. Ainsi il est décidé de les taxer à la source, directement sur leurs comptes bancaires. Soulèvement général dans le pays, à tel point que le parlement chypriote se rebelle et refuse à l'unanimité de voter le plan de l'Union Européenne.

2) Déni de démocratie :

Faute de plan de sauvetage du système, il faut trouver une solution de rechange. Le président chypriote, libéral bon teint fraîchement élu va donc à Bruxelles négocier directement avec le FMI, la Banque mondiale et les pays de l'Eurogroupe (en gros la France, mais surtout l'Allemagne qui fait la pluie et le beau temps). Le président revient dans son pays avec un accord, qui certes ne taxera que les gros comptes bancaires, mais prévoit la fermeture de l'une des deux principales banques, et surtout ne ménage pas les trésoreries des petites et moyennes entreprises. Ce sont donc des milliers de licenciements qui attendent les Chypriotes et une période qui s'annonce économiquement terrible, surtout pour les petites gens. Pourtant ce nouveau plan ne sera débattu ni par le Parlement, ni par le peuple par le biais d'un référendum. Ce plan donc est imposé par l'Union Européenne, il s'agit là d'une négation de la démocratie chypriote, d'un coup d'état économique et financier orchestré par le FMI, la Banque Mondiale et l'Union Européenne.

3) Le Mécanisme Européen de Stabilité :

Mais comment est-ce possible qu'une telle décision qui implique tant de sacrifices de la part du peuple chypriote ne soit pas au minimum visée par le Parlement ? Eh bien, figurez-vous que c'est légal, c'est le fameux MES, qui permet cela. En effet, ce texte qui a été accouché dans la douleur et qui prévoit un mécanisme de sauvetage financier pour les pays menacés de faillite, a été amendé fin décembre 2010. Pour la France, c'est donc la signature de Nicolas Sarkozy qui prévalait alors. Et que dit cet amendement ?

« les États membres dont la monnaie est l'euro peuvent instituer un mécanisme de stabilité qui sera activé si cela est indispensable pour préserver la stabilité de la zone euro dans son ensemble et que l'octroi, au titre du mécanisme, de toute assistance financière nécessaire, sera subordonné à une stricte conditionnalité. »

Autrement dit, si l'état en difficulté veut être aidé, il est dans l'obligation d'accepter les conditions imposées par ceux qui financent le MES. Cette obligation d'impose donc de fait aux peuples concernés qui n'ont plus leur mot à dire de quelque façon que ce soit.

4) Et que vient faire le FN dans tout cela ?

On le voit, le MES ce n'est pas rien, cela donne les pleins pouvoirs à des organismes et des institutions non élues, composées essentiellement de bureaucrates. Ratifié le 11 juillet 2002 par les états membres de l'Union, puis le 2 février 2012 pour une version corrigée. Pour être valable, il devait être ratifié par les parlements de chaque pays membres. C'est le 21 février 2012 que le texte est arrivé à l'Assemblée Nationale. En pleine campagne électorale pour la présidentielle. On peut se dire que ce texte fondamental pour notre démocratie a donc cristalliser le débat de cette campagne. Que les affrontements ont été féroces. Il y en bien quelques uns qui ont essayé d'avertir la population de ce que l'on nous préparé. Ce sont les partisans du Front de gauche, dans chacun de leurs meetings, ce furent les seuls mais hélas, ils n'ont pas réussi à imposer le sujet. Mais pourquoi donc ? parce que le 18 février, Mme Le Pen qui n'a pourtant pas de mots assez durs pour vilipender l'Union Européenne, Mme Le Pen donc, fait sa désormais fameuse sortie sur la viande Hallal.Et c'est toute la classe politique qui va embrayer derrière, le PS et l'UMP bien trop contents de faire diversion, et les médias qui trouveront qu'il est plus facile de parler du Hallal que de tenter d'expliquer les mécanismes complexes de l'Union Européenne.

La polémique va durer des jours entiers, mettre Mme Le Pen au centre de la discussion et permettre que le MES passe comme une lettre à la poste, sans débat, sans discussion. Or, s'il est bien un pays où la ratification pouvait poser problème, c'est bien la France, surtout en cette période délicate de campagne électorale, mais pour cela, il aurait fallu permettre aux Français de s'approprier le débat. Ils sont capables de comprendre les choses les plus compliquées, ils l'ont prouvé en 2005. Cela n'a pas été le cas, et c'est en grande partie dû au Front National et à Mme Le Pen. Non seulement ce parti a prouvé qu'il ne servait à rien, mais en plus il est également l'ennemi des intérêts du peuple.