Il est des petites phrases qui parfois passent inaperçu mais qui en fait soulignent véritablement la pensée profonde de l'individu qui la prononce. C'est ainsi que Jean-François Copé a encore franchi un pas idéologique supplémentaire vers le Front National, à tel point qu'aujourd'hui on voit plus ce qui le distingue lui et certains des plus radicaux de l'UMP de la leader frontiste. Par certains aspects, ils vont même parfois plus loin qu'elle. Les vrais républicains de droite doivent se sentir de plus en plus mal à l'aise à 'l'UMP et on se demande quand ils auront enfin le courage de dire haut et fort qu'en politique tous les reniements ne sont pas possibles et qu'il y a quelques valeurs qui sont communes à tous les Français avec lesquelles nul ne peut transiger, pas même Jean-François Copé, à moins de se retrouver en dehors des clous de la République.

Mais qu'a-t-il donc dit le sieur Copé ? C'était au coeur d'une interview donnée pour le très conservateur Valeurs actuelles, le leader par défaut de l'UMP s'est prononcé pour une suppression du droit du sol pour les enfants nés en France de parents clandestins.

Jusqu'ici, seul le FN proposait la suppression du droit du sol. C'était encore dans le programme de Marine Le Pen en 2012. En proposant de modifier l'acession à la nationalité française, même symboliquement, même pour une petite partie des Français potentiels, Jean-François Copé intègre encore un plus le discours d'extrême-droite dans le corpus idéologique de la droite française. Alors même que d'autres pays, comme l'Italie sont en train de réfléchir à l'introduction du droit du sol dans leur législation. Une fois de plus, la droite française est à rebours du sens de l'histoire.

Jamais, depuis plus d'un siècle (je mets de coté la guerre et le régime de Vichy), aucun dirigeant politique au pouvoir n'avait touché à ce droit. Seul, Charles Pasqua en 1993 y avait mis quelques conditions supplémentaires pour le moins cosmétiques mais que le gouvernement Jospin avait supprimé en 2007 (c'était une époque où la gauche avait encore le courage de revenir sur les lois les plus rétrogrades de la droite). Même Nicolas Sarkozy durant la campagne électorale de 2012, où il n'a pourtant pas été avare d'oeillades envers l'électorat FN, même lui n'est pas allé jusqu'à ce reniement là.

Mais pourquoi est-ce donc si grave de toucher au droit du sol ? Parce que c'est l'ADN de la France ! C'est ce droit là qui a permis à des dizaines d'enfants d'immigrés de ce sentir chez lui dans le pays qui l'a vu naître. Rappelons que le peuple de France est une construction politique. Il est le résultat de l'assimilation plus ou moins forcé de tous les peuples qui se trouvaient sur le territoire, puis de tous ceux qui y sont nés. Combien d'entre nous ont dans leurs gênes du sang d'origine étrangère ? Beaucoup, probablement la majorité d'entre nous si nous remontons à la troisième ou quatrième génération. Pourtant nous sommes tous Français. Et les enfants de demain le seront aussi. C'est ce qui a permis au modèle d'intègration à la française de fonctionner si bien pendant tant d'années ; et ce n'est pas aujourd'hui, sous prétexte que ce modèle connaît prétendument des ratés qu'il faut lui donner un coup fatal.

Aujourd'hui, le vrai problème de la France et des Français, ce n'est pas l'immigration et encore moins la façon dont on acquiert la nationalité. Non, c'eest le chômage, le pouvoir d'achat et plus largement la crise morale qui touche ce pays. En mettant ces sujets sur la table Jean-François Copé admet qu'il n'a rien à dire sur l'essentiel. Mais il met en péril le pacte républicain. Attention danger !