Depuis le début du psychodrame à l'UMP, une des analyses qui revient le plus souvent et que cela profite en premier lieu à Mme Le Pen qui s'en réjouit d'ailleurs publiquement. Il faut dire qu'à chaud, c'est ce qui paraît le plus évident, tant depuis une dizaine d'années certains leaders de l'UMP ont systématiquement, méthodiquement fait sauter toutes les digues qui les différenciaient du FN. Qu'aux premiers soubresauts à l'UMP des militants ou des sympathisants exaspérés se sentent pousser des ailes pour sauter le pas vers l'extrême-droite, rien d'étonnant donc.

Mais la politique, c'est d'abord et surtout du long terme et des idées ; or, le principal danger que courait l'UMP était de continuer jusqu'en 2017 sans faire le bilan des 5 années de Nicolas Sarkozy, sans se donner enfin un cap et ligne claire, sans définir ce que doit être la droite de demain et qu'elle doit être l'attitude face au parti de Mme Le Pen. On a longtemps cru que c'est ce qui se passerait avec la réélection de Jean-François à la présidence du parti et avec la résignation de François Fillon, du moins au début. En décidant de porter le combat, ce dernier a peut-être semé la zizanie dans son parti et divisé durablement celui-ci, mais il en a sauvé l'honneur. Surtout, les mots qu'il a utilisé, ceux de fracture morale et politique ou encore de dérive mafieuse, ne laissent aucun doute sur ses intentions. Ce que veut François Fillon, c'est bien revenir sur 10 années de droitisation de son parti, c'est tenter de remettre en place les digues démocratiques et républicaines qui étaient chères à Jacques Chirac et surtout à Philippe Séguin, son mentor, et qui, contrairement à ce que croient une parti des militants UMP, n'ont pas empêché par le passé la droite de conquérir le pouvoir. Malgré le FN !

L'enjeu dépasse la question des égos, même si à l'évidence il faut aussi en tenir compte. Nul ne sait ce qui va se passer dans les jours et les semaines qui viennent, personne ne peut dire qui va l'emporter à l'UMP, et surtout quelle sera la ligne politique du parti. La seule chose de certaine, c'est que lundi  soir avec une UMP en voie d'implosion et Jean-François Copé aux manettes, Marine Le Pen avait un boulevard devant elle. Depuis le soubresaut de François Fillon, ce boulevard s'est un peu rétrécit et le pire n'est plus aussi sûr.