Difficile de ne pas en être convaincu tant s'est inlassablement répété partout, dans tous les médias, par presque tous les commentateurs politiques : Marine Le Pen serait la grande gagnante de la guerre de tranchée entre François Fillon et Jean-François Copé. A l'évidence, il semble y avoir du bon sens dans ce jugement, tant il est vrai que sous Nicolas Sarkozy, puis ensuite avec Jean-François Copé, l'UMP a fait sauter toutes les digues idéologiques qui la séparaient de l'extrême-droite. Il apparaîtrait donc normal qu'une partie des électeurs de droite, dégoûtés par le spectacle donné par les dirigeants de l'UMP (et on ne le serait à moins), soient tentés de rejoindre la famille politique la plus proche de leurs idées.

Sauf que les choses sont peut-être un peu plus compliquées que cela. En politique, plus que dans toute autre chose, le temps joue un rôle fondamental. Il y a le temps court, le moyen terme et le temps long, et selon que l'on se projette dans l'un ou l'autre, les perspectives sont différentes ; et tout cela ne peut être interprété qu'à l'aune du seul juge de paix possible : les élections.

Sur le temps court, c'est à dire les prochains mois qui viennent, il est clair que s'il y avait un scrutin national, le parti de Mme Le Pen profiterait à plein de la colère des électeurs de droite. Non pas que ceux-ci se rallieraient forcément au vote FN, mais on peut penser que l'abstention de droite, plus, ne l'oublions pas, les électeurs socialistes dépités par le gouvernement choisissant eux aussi de ne pas choisir, tout cela renforcerait mathématiquement le score du FN.
 Sauf qu'il n'y a pas d'élections dans les prochains mois. Par contre, il y a bien des législatives partielles la semaine prochaine (3 pour être exact). Elles seront certes un bon test, mais la forte abstention qui y est probable en diminuera l'impact, d'autant plus que traditionnellement le vote FN pâtit de l'abstention dans ce type de scrutin partiel. A court terme donc, la colère pourrait plutôt s'exprimer avec les pieds que par les urnes. Vérification la semaine prochaine !

A moyen terme, les choses sont plus compliquées. Il y a bien les élections municipales qui s'annoncent, mais surtout, il y al es présidentielles de 2014. Peu importe les autres scrutins, puisqu'après les municipales tout le monde aura la tête à la présidentielle. Les municipales donc. Objectivement, le FN peut y remporter quelques mairies dans le nord ou le sud, mais si les divisions à l'UMP en renforcent les probabilités, cette réalité des faits était déjà là avant. Il reste que ce scrutin n'est pas évident non plus pour le FN, puisqu'à part dans les grandes villes, il a toujours autant de mal à constituer des listes. Restent les présidentielles, et là évidemment, Mme Le Pen y a toutes ses chances (lire absolument cette excellente analyse que je partage où la candidate FN, malheureusement, et Jean Luc Mélenchon, heureusement, peuvent nourrir de bons espoirs). Mais les inconnues, à plus de 4 ans du scrutin sont importantes. Qui sera candidat à droite comme à gauche ? Comment se déroulera la campagne ? Objectivement qui pouvait penser après les présidentielles de 2002 et les régionales de 2004 que Jean-Marie Le Pen ne ferait que 10 % en 2007 ? Qui pouvait prévoir l'éclosion de François Bayrou ?

Reste le temps long, c'est à dire les prospectives à 6, 7, 10 ans voire plus ; et là, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'avenir s'annonce rose pour le FN. Il n'est plus question de parler ici d'élections, ce serait lire dans une boule de cristal, mais de parler d'idéologies. Et là, on ne peut que constater qu'en 5 années la droite à labourer le terrain pour le FN, et en plus, ces derniers mois, Mr Copé a planté des graines pour eux. L'UMP, du moins son aile droite, en choisissant comme seul terrain de bataille celui des valeurs, en tout cas, de certaines valeurs, en allant sur le terrain de Mme Le Pen, a contribué à rendre le discours de cette dernière audible. Les fausses vérités sur l'immigration, les mensonges sur l'Islam, sont ancrés pour longtemps dans les têtes de nombreux électeurs. Mme Le Pen n'a plus rien à faire ou presque ; et cela, l'inscription d'une extrême-droite puissante et forte pour longtemps, c'est bel et bien à la droite qu'on le doit, et dans ce sens, ces derniers jours à l'UMP auront été catastrophiques, renforçant l'idée qu'à plus ou moins long, le FN pourrait être un recours à droite.