Evidemment, des morts violentes, il y en a tous les jours dans notre pays, mais celle de Clément Méric,  syndicaliste étudiant, militant antifasciste, revêt une importance particulière car elle est politique, éminemment politique. Aujourd'hui, en France, on peut perdre la vie parce que l'on se revendique de gauche et que l'on se bat pour ses idées.

Ceux qui arguent que les supposés agresseurs, s'ils sont peut-être sympathisants de groupuscules d'extrême-droite ouvertement fascisant, n'ont rien à voir avec le FN, ceux-là se trompent. D'ailleurs se sont souvent les mêmes qui a longueur d'antenne, d'émissions ou de chroniques nous ont vendu cette faribole d'un Front National compatible avec la République. Or, s'ils ne sont probablement pas encartés au parti de Mme Le Pen, et ne l'ont probablement jamais été, c'est un climat particulier qui sévit dans le pays actuellement, ce climat même qui a fait que certains ont cru qu'il était désormais possible de se montrer au grand jour et d'agir impunément.

Oui, la dédiabolisation du FN a permis à des groupuscules de skinheads, d'Identitaires ou de néo-nazis en tous genres, de se croire portés par une vague politique. Oui, la stigmatisation permanente d'une catégorie de la population relayée par des journalistes et des éditocrates complices a bien  pour effet de libérer des pulsions chez les esprits les faibles. Mais il serait trop facile de considérer que le FN est le seul responsable de ce climat.

C'est l'ancien président de la République qui a rompu toutes les digues Républicaines patiemment contruites par ses prédécesseurs, c'est une partie de la droite Républicaine qui pendant le débat sur le mariage gay s'est permis tous les écarts, toutes les outrances, tous les amalgames. C'est aussi la politique gouvernementale tellement similaire à ce qui s'est fait pendant les 5 années précédentes que les gens sont perdus, écoeurés, ne voyant plus que les extrêmes ou la violence pour exprimer leur colère.

La mort du jeune Clément Méric est avant tout l'expression d'une faillite des politiques de ce pays. Des politiques qui justement ont renoncé à faire de la politique. Malheureusement, l'éclaircie tant attendue par tous ceux qui croient encore à l'humain n'est pas encore pour demain. La mort du pauvre Clément n'aura probablement pas servi d'électrochoc.

Il n'est même pas encore enterré que déjà l'amalgame entre extrême-gauche et extrême-droite est dans toutes les têtes, dans le droit fil de ce que fait le PS et une certaine presse envers Jean-Luc Mélenchon et le Parti de gauche depuis des semaines. Alors il faut le clamer haut et fort, les deux n'ont rien à voir. La gauche, celle que l'on qualifie d'extrême mais qui en fait est désormais la seule gauche puisque le PS a cessé d'en être, cette gauche est donc porteuse des valeurs de justice, d'égalité, de progrès social. Qu'y a-t-il donc de commun avec le projet d'exclusion et de repli sur soi porté par l'extrême-droite ?

Il faut respecter Clément Méric et ne pas l'assimiler lui et ses valeurs, à ceux qui lui ont donné la mort.