Depuis une semaine et le fameux congrès du parti de gauche, c'est une antienne que l'on entend sur tous les médias qui font l'opinion : Mélenchon est en pleine dérive, il ne sait plus comment faire pour faire parler de lui, il n'a pas de programme si ce n'est de faire parler de lui. Depuis une semaine, c'est donc haro sur Mélenchon, qui serait, pour certains, pire que Mme Le Pen, puisqu'on ne les entend pas tenir des propos aussi durs envers l'héritière de la PME politique familiale. Le lynchage médiatique (qui n'est pas pour déplaire à Mélenchon) s'est poursuivi ce matin, sur France Inter, où messieurs Joffrin et Barbier, les deux plus fines de la médiacratie, les deux plus fidèles chiens de garde du système, n'ont pas eu de mots assez sévères pour parler de l'échec de la stratègie de Mélenchon.

Echec disent-ils ? Ainsi il est donc prouver que les oeillères ça empêche vraiment de voir. Pour eux, l'exemple indépassable serait la législative partielle de l'Oise qui a vu le FN atteindre le second tour en progressant de 3 points à 26 %, tandis que le candidat Front de gauche lambinait à 6 %. C'est oublier un peu trop vite que lui aussi il a progressé, c'est aussi oublier également que depuis la présidentielle il y a eu 5 législatives partielles, et que le seul parti à progresser (un peu) dans tous ces scrutins est le Front de gauche (il faut mettre de côté l'Hrault où le Front de gauche était divisé localement).

Ils reprochent à Mélenchon de n'être que dans l'invective, de n'avoir pas de propositions, de ne pas faire de politique. Ah bon ? Pourtant, pendant plus d'un mois, en Algérie, en Tunisie, au Maroc, mais aussi en France, il a partout tenté de vendre la nouvelle ligne de conduite du Parti de Gauche, c'est à dire l'écosocialisme. Nulle part la presse ne s'en aie fait l'écho. Pendant 3 jours au congrès du Parti de gauche des dizaines de débats ont eu lieu, des centaines de propositions ont été faites, de la politique, du fonds, il n'y a eu que cela : pas un mot, pas une ligne ou presque. Il a justement fallu les petites phrases de François Delapierre puis de Jean-Luc Mélenchon pour que les médias daignent s'apercevoir qu'il y avait un congrès à Bordeaux.

Ainsi cela ne fonctionnerait pas ? Mais depuis une semaine, grâce à sa petite phrase  et surtout grâce à la bêtise de médias dominant, Jean-Luc Mélenchon a fait l'actualité politique, on ne parle plus que de lui, à tel point qu'aujourd'hui ils le font passer pour non seulement le meilleur, mais surtout le seul opposant à François Hollande. Le but de Jean-Luc Mélenchon est de montrer qu'il y a une alternative à gauche à la politique de François Hollande, qu'il n'y a pas que le FN qui s'oppose réellement au système voulu par la droite et le PS : la posture des médias qui en ont leur nouvelle tête de turc en même temps qu'ils dédiabolisaient Marine Le Pen est en train de lui donner raison. Comment expliquent ils alors que pendant 24 heures la vidéo de son interview sur France Inter a fait le buzz (100 000 vues sur Dailymotion en moins de 10 heures) ? Comment expliquent-ils alors que le blog de Mélenchon soit toujours, et de loin le blog politique le plus fréquenté, le plus lu et le plus commenté ?

Il paraîtrait qu'au PC cette attitude du Parti de gauche ne plaît pas. Pourtant à l'exception de quelques voix isolées (Messieurs Dartigolles et Chassaigne pour ne pas les citer), dont l'antipathie envers l'ancien candidat à la présidentielle n'est plus à démontrer, il n'y a eu aucune déclaration de la part de la direction du PC. Même, les personnes récalcitrantes ont plutôt eu tendance ces derniers jours à jouer la carte de l'apaisement. La stratègie pour les municipales serait source de divisions nous assène-t-on encore. Mais que ceux qui le proclament aillent un peu fouiller sur le net : partout des collectifs Front de gauche se mettent en place pour des candidatures séparées du PS. La base militante du Front de gauche se reconnaît, elle dans la colère de Mélenchon.

Oui, la stratègie de Mélenchon fonctionne, et curieusement ceux qui refusent de le voir sont les memes qui en 2005 nous expliquaient que voter non au traité constitutionnel faisait de nous des imbéciles. Qu'ils continuent, les imbéciles ne seront peut-être pas au final ceux qu'ils croient .