Ces derniers jours, la Tunisie et surtout l'Egypte ont connu d'importantes manifestations de masse, émaillées de graves incidents. Dans les deux cas, ce sont des islamistes qui ont gagné le pouvoir par les élections et qui ont une fâcheuse tendance à s'éloigner sensiblement des canons normaux d'une démocratie. Régulièrement les tensions sont vives dans les deux pays, en fait à chaque tentative du nouveau pouvoir de restreindre les libertés.

Ces derniers jours, il y a eu d'importantes manifestations à Siliana dans le centre de la Tunisie, et dans les jours qui viennent, le principal syndicat du pays appelle à une grève générale pour protester contre les atteintes aux droits syndicaux. Il y a fort à parier qu'elle sera massivement suivie. Mais c'est en Egypte que la rébellion contre le pouvoir islamiste est la plus forte, depuis que Mr Morsi, le nouveau président, a décidé de s'octroyer des pouvoirs dignes d'un dictateur. Nul ne sait sur quoi déboucheront ces tensions dans un pays comme dans l'autre, mais on peut d'ores et déjà tirer deux enseignements :

- Il n'y a pas d'islamisme modéré : c'est pourtant ce qu'a essayé de nous faire croire une bonne partie du landerneau politique et médiatique, comme si l'arrivée au pouvoir des Frères Musulmans était un moindre mal et permettait d'échapper à pire, c'est à dire aux salafistes. Sauf que dans des pays sans tradition démocratique, il est complètement fou de demander à des mouvements dont la démocratie n'est pas le cheval de bataille, d'avoir cette tradition. Ce qui ce fait en Turquie n'est possible que parce que ce pays à une tradition de pluralisme politique et de démocratie vieille de bientôt cent ans (avec des nuances selon les époques, je l'admets).

- Il n'y aura pas de retour en arrière dans ces deux pays : quel que soit le pouvoir en place, ce qui s'est passé en 2011 a laissé des traces dans toutes les têtes qui seront indélébiles. Les Tunisiens et les Egyptiens ont renversé chacun une dictature par leur seule volonté, par leur seule aspiration à la liberté. Ils savent donc qu'ils sont capables de recommencer, ce qui explique cette vigilance impressionnante de ces deux peuples contre les tentations du pouvoir de revenir en arrière.