A peine vient-il d'être destitué par l'UCI, la fédération internationale de cyclisme, de tous ses trophées, que Lance Armstrong est devenu du jour au lendemain l'homme à abattre, coupable de tous les maux. Ceux-là même qui hier étaient en adoration devant ses performances le vouent aujourd'hui aux gémonies. On parle désormais de tyran, de parrain, les mots système mafieux ont même été prononcés. Au vu des révélations qui se succédent, on est probablement pas loin de la vérité. Mais alors, il faut vraiment que l'on s'interroge, parce que si système mafieux il y a, comment celui-ci a-t-il pu perdurer dans ce qui est supposé être le plus contrôlé des sports ? Et si Lance Armstrong n'était que le petit chaînon d'un système de corruption bien plus grand ?

D'abord, il convient de se demander ce que faisaient les médias, et en premier lieu l'Equipe qui a longtemps appartenu au groupe Amaury (peut-être même encore, je ne sais pas), le même que celui qui organise le Tour de France, et France Télévision qui diffuse l'épreuve à la télé. Presque jamais durant les sept années où Lance Armstrong a survolé le Tour, il n'a été question des suspiscions de dopage dans ces organes de presse (même si France2 avait fait quelques révélations dès 1999). Pourtant, si on ne disposait pas de preuves, les interrogations, nombreuses, étaient déjà présentes. D'autres journaux (Libération, et le confidentiel mais excellent Sport et vie), publiaient des témoignages de médecins sportifs révélant que les performances de Lance Armstrong et d'autres coureurs allaient au-delà de ce que le corps humain peut faire. Des livres accusateurs ont été publiés. La presse savait donc, pourtant elle a continué à s'ébahir comme si de rien n'était. Il a fallu attendre aout 2005, c'est à dire après l'annonce du premier départ à la retraite de Lance Armstrong, pour que le journal L'Equipe révéle qu'il y avait eu des contrôles positifs dés 1999. Pourquoi rien avant ? Pour ne pas nuire au Tour de France qui rapporte tant de recettes publicitaires ? Pour ne pas tuer la poule aux oeufs d'or qui les fait vivre ?

Mais il n'y a pas que la presse, parce que l'UCI aussi savait. Elle ne pouvait pas ignorer les relations entre Lance Armstrong et le docteur Ferrari, condamné pour dopage. En 2008, lorsque Lance Armstrong est autorisé à reprendre la compétition, les premières affaires sont sorties, pourtant l'UCI ne bougera pas. Il faudra l'intervention de l'USADA, l'organisation américaine chargée de lutter contre le dopage pour mettre l'UCI devant le fait accompli et l'obliger à prendre les sanctions qui s'imposent. Pourquoi tant de retard à l'allumage dans un sport qui, quoi qu'on en dise, lutte réellement contre le dopage sur le terrain ?

Mais au-delà de l'affaire Armstrong, il est d'autres questions qui dépassent le cadre du cyclisme et que pourtant personne n'ose poser parce qu'elles remettent en question tout le système économique et financier du sport. Pourquoi y-a-t-il du dopage ? Quel lien y-a-t-il entre le dopage, la médiatisation des sports et les immenses masse d'argent qui circulent ?